Quiconque arrive sur le profil d'une société luxembourgeoise en venant d'un registre étranger a la même réaction : il manque quelque chose. Pas de chiffre d'affaires, pas de détail des charges, souvent pas de compte de profits et pertes du tout. Ce n'est ni un défaut de collecte ni de l'opacité. C'est ce que le formulaire luxembourgeois demande, et il vaut la peine de comprendre pourquoi.

Deux états, et le droit de n'en publier qu'un

Des comptes annuels luxembourgeois comportent un bilan et un compte de profits et pertes. Plusieurs dispositions de la loi modifiée du 19 décembre 2002 restreignent la publicité du second : au moment du dépôt, une société peut cocher une case marquant comme confidentiel son compte de profits et pertes, ou son bilan et son compte de profits et pertes ensemble.

Ce droit est largement exercé. Sur l'ensemble des exercices déposés depuis 2012, 51,7 % publient un bilan sans compte de profits et pertes. Un état confidentiel est absent des données — il n'y figure pas à zéro, et il ne doit jamais être reconstitué.

Le modèle abrégé, qui ne demande pas le chiffre d'affaires

Deuxième cause, indépendante de la première. Une société qui ne dépasse pas les seuils légaux peut déposer un compte de profits et pertes abrégé, et ce modèle commence au résultat brut : il ne comporte pas de ligne de chiffre d'affaires, pas de détail des matières premières, pas de ventilation des charges externes.

En additionnant les deux effets, le chiffre d'affaires n'est disponible que pour 7,6 % des exercices déposés. C'est pourquoi les classements de ce site s'appuient d'abord sur le total du bilan et les capitaux propres. Un classement luxembourgeois par chiffre d'affaires décrirait une minorité de sociétés en laissant croire qu'il les décrit toutes.

Ce qui reste public, et c'est beaucoup

La confidentialité porte sur la façon dont le résultat a été obtenu, pas sur le résultat lui-même. Le bilan reste public, avec le total du bilan, l'actif immobilisé, l'actif circulant, les capitaux propres, les provisions et les dettes.

Et le résultat de l'exercice y figure aussi, sous les capitaux propres. C'est la particularité qui rend ce chiffre bien plus disponible qu'on ne l'attendrait : il reste public pour 99,5 % des exercices. Le total du bilan, lui, figure dans la totalité d'entre eux.

Une remarque sur la devise

Le droit luxembourgeois permet à une société de tenir sa comptabilité dans la devise de son activité, et 11,2 % des sociétés du registre déposent dans autre chose que l'euro — plus de dix mille en dollars, près de six mille en livres sterling. Un total de bilan lu sans sa devise n'est pas un chiffre approximatif : c'est un autre montant.

Ce qu'il faut en retenir

Un profil luxembourgeois se lit autrement qu'un profil allemand ou slovaque. Le bilan y porte l'essentiel de l'information, l'exploitation souvent rien, et près d'une société sur trois du registre détient plus d'immobilisations financières que tout le reste de son bilan réuni — pour celles-là, le bilan est l'activité.

Le fait qu'une société publie ou non son compte de profits et pertes est lui-même une information publique à son sujet, et ce site l'indique pour chaque exercice.